[Reportage] L’école à la maison, un engagement à plein temps pour les parents

En France, l’école n’est pas obligatoire. En revanche, l’instruction est exigée entre 6 et 16 ans. En 2015, 7 400 enfants ont reçu un enseignement dans une cadre familial. De plus en plus de parents s’intéressent aux méthodes alternatives d’éducation alors même que leur enfant n’a pas encore l’âge d’aller à l’école. Ce choix de vie n’est pas sans sacrifice. Reportage au sein d’une famille tourangelle.

Dans le quartier de la famille Georgeart, près de Tours, les cris de la cour de récré résonnent de bon matin. Il est 8h30 mais dans l’appartement familial, les quatre enfants ne se préparent pas pour aller en classe. Dans le salon, des étagères blanches bien remplies occupent toute la longueur du mur. Une maquette du système solaire est posée au côté d’un squelette humain, lui-même  en équilibre sur une pile de cahiers. Sur un petit tableau blanc, la conjugaison du verbe faire est encore inachevée. Depuis que Fatima, 11 ans, a l’âge d’aller à l’école,  elle s’instruit à la maison avec Virginie, sa maman. Ce matin là elle a ouvert son nouveau manuel de maths pour résoudre quelques problèmes. « Arrivée à l’âge de six ans, Fatima savait déjà lire et moi je m’intéressais aux méthodes alternatives d’éducation depuis un bon moment, raconte Virginie. Je me suis lancée le défi d’instruire mon enfant, sans trop savoir au début où cela nous mènerait. »

Cela fait cinq ans que Virginie pratique l’école à la maison avec trois de ses enfants. Si au début elle se mettait « beaucoup de pression avec l’envie d’avancer vite », aujourd’hui elle a su s’adapter au rythme de chacun. Convertis à la religion musulmane, les parents affirment que la confession n’a pas influencé leur choix d’instruire leurs enfants. Ayub âgé de huit ans aime le français mais un peu moins les maths, Maymouna, sept ans, connait déjà ses tables de multiplications mais a parfois du mal à rester concentrée. Virginie leur donne des exercices quatre jours par semaine de 9h à 11h mais une bonne organisation est nécessaire pour que chacun puisse passer du temps avec elle. « C’est un peu sportif parfois, mais plus ils grandissent plus ils sont autonomes », affirme la maman.

« Dans la vie je souhaite que mes enfants fassent ce qu’ils aiment avant tout »

L’après-midi est le moment favori des enfants car il est consacré aux activités préférées de chacun. « J’adore lire des séries de romans », affirme Fatima derrière ses lunettes rectangulaires. Ayub, lui, préfère passer du temps sur  ses constructions en Kapla.

« Ce qui me dérange dans le système scolaire actuel, c’est le rythme trop soutenu et cette obligation de rester assis en écoutant le maître parler, explique Virginie. Je veux que mes enfants consacrent du temps à  ce qui leur plait tout en étant curieux.» Après un BTS en comptabilité Virginie s’est rapidement mariée et a eu son premier enfant. Elle n’a jamais eu l’occasion d’entrer dans le milieu de l’entreprise et avoue avoir fait ses choix d’orientations par défaut. Cette déception passée a certainement favorisé son intérêt pour l’éducation alternative. « Aujourd’hui on oriente les jeunes en fonction du marché de l’emploi, je ne savais pas ce qu’était la comptabilité avant d’entrer en BTS et je ne veux pas de ça pour mes enfants. Dans la vie je souhaite qu’ils fassent ce qu’ils aiment avant tout, s’ils souhaitent un jour aller à l’école je leur laisserai toujours le choix.»

Cette année, la question s’est posée pour Fatima, en âge d’entrer en sixième. « L’inspectrice qui vient nous voir tous les ans m’a demandé si je voulais aller au collège mais je n’en n’avais pas très envie. Je suis bien à la maison et je préfère apprendre le matin», raconte la jeune fille. Lorsqu’on évoque la sociabilité de l’enfant, Virginie affirme que les siens sont bien plus sociables que la moyenne. «Ils n’ont pas peur de discuter ouvertement avec un adulte ou un enfant, ils posent beaucoup de questions et s’intéressent à plein de choses. » Penché sur son exercice de grammaire, Ayub affirme qu’il n’a aucun souci à se faire des copains.

Virginie ne regrette en aucun cas son choix, même si elle a dû adapter son quotidien à ses enfants. « Au début je faisais beaucoup de sacrifices car je ne sortais pas beaucoup mais maintenant nous avons un cercle de familles qui pratiquent aussi l’école à la maison et nous organisons des sorties ensemble. » Selon cette mère de famille, instruire ses enfants n’est pas à prendre à la légère et elle admet qu’elle ne maîtrise pas tous les savoirs requis jusqu’au lycée : « Lorsque l’occasion se présentera je ferai appel à des professeurs particuliers, mais pour le moment je suis capable d’assumer le niveau primaire et collège. Je trouve ça formidable de pouvoir apprendre au côté de mes enfants.»

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