[Vulgarisation scientifique] Stress et enfermement favorisent les maladies des poulets d’élevage

La consommation mondiale de viande blanche a connu une hausse spectaculaire ces dernières années et risque de dépasser la viande de porc d’ici 2030, selon les estimations de la FAO. En France comme dans les pays développés, l’élevage intensif impacte considérablement la santé des volailles exposées aux bactéries et aux virus. Pour y pallier, les antibiotiques ont massivement été utilisés mais aujourd’hui ils sont de moins en moins efficaces.

 

Malgré une prise de conscience progressive autour du bien-être animal, en France, plus de 80% des poulets de chair sont élevés sans accès à l’extérieur, selon l’institut technique de l’aviculture. Entassées dans de petits espaces, sous des lumières artificielles,  les volailles issues de l’élevage intensif sont d’autant plus exposées au stress.  Au quotidien ou lors du transport vers l’abattoir, les poulets sont soumis à des virus et des bactéries potentiellement dangereuses pour leur santé. « Il s’agit de poulets génétiquement sélectionnés qui prennent de la chair rapidement. On observe chez eux  des problèmes cardiaques ou encore pulmonaires dus à cette croissance accélérée. Immunitairement affaiblis,  ils sont le terrain de jeu favori des bactéries » confirme Brigitte Gothière, porte-parole de l’association L214 (Ethique et animaux).

Des bactéries de plus en plus  résistantes aux antibiotiques

Parmi les maladies les plus fréquentes dans les élevages intensifs se trouve la colibacillose aviaire. Cette infection est le fruit de la bactérie Escherichia coli,  présente systématiquement dans l’intestin des poulets. Lorsqu’elle se retrouve dans les selles et se mélange à l’environnement de l’élevage, elle risque d’être respirée par d’autres. En traversant les voies respiratoires, la bactérie peut profiter d’une faiblesse immunitaire et provoquer des inflammations pulmonaires importantes. En fonction de la virulence  de l’infection, les poulets peuvent en mourir en quelques jours. Contrairement à la grippe aviaire, cette infection n’a jusqu’ici jamais eu de conséquences sur l’homme, mais elle peut être problématique pour les éleveurs qui doivent s’assurer de la bonne santé de leurs volailles.

« Depuis longtemps, les éleveurs recourent aux antibiotiques pour faire face à cette infection qui peut survenir à tout moment. explique un chercheur de l’Inra qui cible ses recherches sur le développement de la colibacillose aviaire. Néanmoins avec l’utilisation excessive de cette méthode, certaines bactéries comme celle à l’origine de la colibacillose sont devenues résistantes aux antibiotiques.»  Pour proposer une alternative aux vaccins peu efficaces, le chercheur préconise des solutions de prévention plus naturelles telles que les plantes et les huiles essentielles.

Elevages en plein air et méthodes alternatives

Dans le département de la Sarthe près de Château-du-Loir, Mélody Lesourd 21ans,  a un élevage de volailles en plein air. Elle a repris l’exploitation de 6 hectares en janvier 2016 et jusqu’ici elle n’a jamais observé d’infection particulière. « On a un taux de mortalité inférieur à la moyenne qui  est autour de 5% », avance la jeune femme. Dans son élevage, Mélody compte 2500 volailles dont 1500 poulets qui ont leur propre parcours en extérieur. La durée de vie d’un poulet est 120 jours alors que dans l’industrie il faut compter entre 35 et 40 jours. L’abattage se fait sur place, ce qui évite aux volailles le stress du transport. « Un poulet qui vit dans de bonnes conditions se reconnait par une crête bien droite et bien rouge, affirme Mélody. Nous gardons ce repère comme gage de qualité auprès de nos clients. »  Si ses volailles de race rustique subissent des vaccinations obligatoires au couvoir, l’éleveuse évite au maximum les antibiotiques. « On ajoute des minéraux dans la nourriture des poulets pour renforcer les défenses immunitaires mais aussi des huiles à base d’orchidée dans l’eau, lorsque certains ont de la toux. » Consciente de l’effet négatif des antibiotiques, l’agricultrice mise sur le cadre de vie de son élevage pour prévenir des maladies et assurer une viande « de bien meilleure qualité.» De plus en plus concernés par l’origine de leurs produits, les français étaient 57%, en 2013 à consommer des poulets entiers dotés d’un Label rouge : la garantie d’un élevage en plein air.

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